L’école des femmes de Molière. Elle a mesuré son mépris envers elle, et ne se laisse plus humilier. Arnolphe est un homme d’âge mûr qui aimerait jouir du bonheur conjugal, mais il est hanté par la crainte d’être trompé par une femme. traître !". ») et l’interjection « Euh! Elle ose d’abord le contredire : « Oh ! Ces rôles lui permettent de, jouer sur les accents, le patois, les fautes de langue, Parfois c’est le contexte qui rend le mot plaisant, comme la comparaison d'Alain, "la femme est justement le potage de l'homme" (II, 3) ou les tautologies : v. 423-425 et 446. 5 Musée des Beaux-Arts de Rouen, Dans l’acte III, Agnès ne parle que dans la scène 2, et il ne s’agit même pas d’une parole personnelle, puisqu’elle ne fait que lire "Les Maximes du mariage". Corneille et Rotrou avaient d’abord tiré de la comédie d’intrigue romanesque et de registre galant, dans le sillage de la commedia erudita italienne, un miroir flatteur et enjoué de la vie à l’âge des amours et des peines de cœur po […] Tout le discours vise à rabaisser la femme à l'état d'esclave, comme le montrent les négations : "Votre sexe n'est là que..." ; elle est réduite à l'état de "moitié". L'école des femmes. Mais une morale sans exemples "vertueux" ne saurait être persuasive. Pour Arnolphe, on peut imaginer à l’acte I, scène 4, ou à l’acte III, scène 4, après qu'Horace lui a lu la lettre d'Agnès, les mimiques suggérées par les apartés, ou sa toux forcée : ARNOLPHE. Ainsi il lui reproche son inconduite, un manque de morale : « des rendez-vous la nuit », « vous évader sans bruit », « Suivre un galant n’est pas une action infâme ? Il joue l’ignorant par ses questions : « D’où diantre ! GENRE. Comme je commence à connaître qu’on m’a toujours tenue dans l’ignorance, j’ai peur de mettre quelque chose, qui ne soit pas bien, et d’en dire plus que je ne devrais. Elle accède à la conscience, en étant maintenant capable de définir ce qu’elle ressent, et d’affirmer son amour avec force : « Oui, je l’aime ». Donc, en ridiculisant cette conception, c'est aussi l'Église que Molière attaque. La suppression de ce mot était donc sociale, histoire de remettre les femmes à leur place. D'après Abraham Bosse, Conversation de dames en l'absence de leurs maris : le dîner, XVII° siècle. Les hommes, eux, pensent qu’il est bénéfique d’épouser de jeunes filles naïves : ils auront plus facilement de l’autorité sur elles. On peut imaginer le changement de visage d’Arnolphe, inquiet, mais qui devra attendre le vers 915 pour savoir quel est cet « incident ». Mais la réaction soumise d’Agnès, au vers 1568, inverse la situation, en contraignant Arnolphe à changer de ton. Agnès et Arnolphe dans une mise en scène de J. Lassalle à la Comédie française. Mais le dénouement lui donne une force supplémentaire, car il a eu la puissance de pousser les jeunes gens l'un vers l'autre, alors même que leurs pères les avaient promis l'un à l'autre. Mais, à son époque, les goûts ont évolué sous l'influence de la Préciosité et de son intérêt pour les péripéties amoureuses. Il faudrait trouver des exemples de bonne moralité chez nos dirigeants politiques, économiques, banquiers... Qu'en pensez vous ? Résumé : L’École des femmes de Molière (1661) Arnolphe prétend qu’une femme ne peut être sage et vertueuse qu’autant qu’elle est ignorante et niaise. ». Agnès avait grandi, en effet, dans un mensonge, l’idée que l’amour était un horrible péché, et Arnolphe aussi avait entretenu l’illusion de ne pas être trompé par une femme « sotte ». Certains choisiront d'accentuer le poids du comique, d'autres, au contraire, suivront le sentiment de Musset qui déclare à propos de Molière, comme le remarque Musset en 1840 dans son poème "Une soirée perdue" : "Cette mâle gaieté, si triste et si profonde, / Que, lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer.". […] Lire la suite, du pays dont ils avaient pris le contrôle, à la suite de discussions entre les chefs islamistes et les autorités locales. »(v. 1496). Horace a même réussi à enlever la jeune fille. Arnolphe lui-même signale cette évolution dans la scène 4 de cet acte : « Et vous savez donner des rendez-vous la nuit / Et pour suivre un galant vous évader sans bruit. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/l-ecole-des-femmes-moliere/, Encyclopædia Universalis - Contact - Mentions légales - Consentement RGPD, Consulter le dictionnaire de l'Encyclopædia Universalis. La dernière phrase de Chrysalde, "rendre grâce au Ciel qui fait tout pour le mieux", est une façon d'affirmer que l'amour n'est pas blâmable. Travailler la biographie de Molière. À cette époque, le mariage est une institution qui ne repose pas sur l’amour mais sur la puissance de l’autorité. Le terme "mariage" est amplifié par la diérèse (vers 695) et associé à "d'austères devoirs", repris au vers 714 : "Son devoir aussitôt est de baisser les yeux". Il faut aussi imaginer les gestes et les mouvements nés du texte, et que l'acteur, guidé par son metteur en scène, va créer librement. Quand Molière fait représenter L'École des Femmes en 1662, les spectateurs sont déroutés, car ils n'avaient jamais vu une pièce de cette forme ! D’ailleurs l’aparté d’Arnolphe, avec son insulte à Agnès, « friponne », révèle sa colère. Huile sur toile. Molière n'en connaît pas moins la gloire, en jouant pour les Grands, pour la Cour, à la demande du Roi qui le pensionne. Elle est déjà nettement moins « innocente » quand elle le brave en le comparant ironiquement à Horace dans les vers 1539-1540. Molière considère donc que la plus grande règle est de suivre une morale naturelle, celle qui préserve la vérité des cœurs, sans tomber dans l'excès d'une passion obsessionnelle, telle la peur d'être trompé chez Arnolphe, et en respectant la dignité et la liberté d'autrui, tel Horace qui ne profite pas de la naïveté d'Agnès.​, Mise en scène de Robert Manuel, 1995 : Emmanuelle Livry et Michel Galabru. Le mariage n'est donc qu'un ensemble de contraintes pour l'épouse, une réalité sociale du XVII° siècle : la femme mariée est juridiquement mineure, cette conception est soutenue par l'Église, Après de brèves salutations, des vers 844 à 852, le passage, qui répond à l’interrogation d’Arnolphe, est, Déjà sa volonté d’abréger les salutations révèle, sa joie, son impatience, son désir de savourer le triomphe dont il est certain, Mais, en même temps, Arnolphe est obligé d’être, hypocrite en continuant à feindre d’être l’ami d’Horac, Une étape a donc été franchie : Arnolphe ne se contente plus de recevoir des confidences, il savoure l’effet de son plan. Synthèse critique: C.Hemmeryck. Agnès qui exerce sa domination sur Arnolphe. Mais dans l’ensemble les femmes ne se rebellent pas et acceptent de garder le silence : sans éducation, elles n’ont pas d’autre choix. On peut ensuite imaginer ses réactions de dépit et de colère par la série de questions à la fin de la tirade d’Horace, avec la reprise du même verbe (« n’êtes-vous pas surpris? Ces rôles lui permettent de jouer sur les accents, le patois, les fautes de langue, tels "les biaux messieurs" dont parle Georgette. Ainsi la vérité sur la naissance d'Agnès produit un retournement de situation brutal, un coup de théâtre. Parfois même elles sont satisfaites de leur condition car, à l’époque, c’est le mariage ou le couvent. Par cette affirmation de son droit à aimer (« Et pourquoi, s’il est vrai, ne le dirais-je pas ? Ainsi les termes sont choisis pour donner l’impression d’un effet magique, tels les verbes  « surprendre » ou « admirer », plusieurs fois répétés. Ajoutons- y un lexique qui, en mêlant le langage précieux (« traîtresse », « regard mourant », « soupir amoureux », « cruelle », « te prouver ma flamme »…) au langage familier (« mon pauvre petit bec », « ce morveux »,  » je te bouchonnerai »), rend cette éloquence totalement ridicule. Les attaques vont bon train, renforcées par, la gloire, en jouant pour les Grands, pour la Cour, à la demande du Roi qui le pensionne, Vers 1600, c’est le règne des contes, des farces et des fabliaux, genres littéraires hérités du moyen-âge : l’on s’y moque des femmes et de leurs multiples défauts, et des maris trompés. Les Précieuses veulent qu’on « donne du prix » à la condition féminine et elles revendiquent l’égalité entre l’homme et la femme. Il devient donc, un "surprenant mystère", capable de créer en un être l'instinct d'aimer ce qui, précisément, lui est destiné, Les mariages arrangés vont contre cet instinct naturel, Molière considère donc que la plus grande règle est de, suivre une morale naturelle, celle qui préserve la vérité des cœurs, sans tomber dans l'excès d'une passion obsessionnelle, en respectant la dignité et la liberté d'autrui, La scène 5 de l’acte II confirme cette présentation, Cependant la fin de la scène montre déjà un éveil du sentiment amoureux, un début de résistance, encore très timide, C’est par Horace que nous apprenons d’abord, l’évolution d’Agnès dans les deux actes suivants. Mise en scène de L'École des femmes par Didier Bezace, 2001. Que peut êt [...], 1  Le 25 […] Lire la suite. Réhabiliter ce mot est tout sauf du féminisme radical. Le ministre de l'Education, Vincent Peillon, l'avait annoncé : il y aura des cours de morale laïque à l'école.Ce mardi 9 octobre, le président de la République l'a confirmé :"J'ai donné mon plein accord au projet d'enseigner la morale laïque".Une déclaration faite pendant son discours à la Sorbonne le mardi 9 octobre, lors de la remise officielle du rapport issu de la concertation. Musée Carnavalet, Paris. Huile sur toile. Une étape a donc été franchie : Arnolphe ne se contente plus de recevoir des confidences, il savoure l’effet de son plan. » prouve qu’elle a très bien compris ce qu’est l’amour véritable, et n’a reconnu rien de tel dans les discours d’Arnolphe. ​. Chez Arnolphe, l'obsession de ne pas être "cocu" tourne à la monomanie, et le rend ridicule, par exemple quand il tombe dans l'excès en parodiant le tragique (III, 5). La problématique du mariage est essentielle dans de nombreuses œuvres de Molière. Dans quels théâtres se jouent les pièces ? Mais que penser de l’arrivée du père d'Agnès en compagnie de celui d’Horace ? » (vers 143-146) Il s’agit là de, la précaution prise par Arnolphe pour isoler Agnès, Ce double lieu, associé au double nom du personnage, est la source du quiproquo sur lequel est fondée l’intrigue, Horace ne connaît le héros que sous son nom d’Arnolphe, l’intrigue, organisée autour de cinq rencontres, chaque "confidence" d'Horace entraîne une "précaution" d'Arnolphe, mais chaque "précaution" se révèle inutile, Dans sa Préface, écrite après les critiques adressées à sa pièce, Molière insiste sur, En unissant ces deux tendances, Molière parvient ainsi à, toucher aussi bien le public populaire, celui du « parterre », que les spectateurs plus raffinés, le comique né des gestes, des mouvements, des mimiques, explicitement signalés dans les didascalies, imaginer les gestes et les mouvements nés du texte, et que l'acteur, guidé par son metteur en scène, va créer librement, On retrouve les personnages comiques chers à Molière : le valet, ici doublé du paysan. Bien sûr, le but de Molière est d'abord de faire rire : il reprend pour cela un des thèmes favoris de la farce, le mari trompé et l'inépuisable ruse féminine, et un personnage de la commedia dell’arte, l’amoureux étourdi. De plus, il considère que toute comédie doit aussi "instruire" le public. Arnolphe charge alors ses serviteurs de l’en empêcher. Arrive alors la troisième gradation, qui définit le rôle de l'époux tout-puissant : "son mari, son chef, son seigneur et son maître". - Acte III, scène 4 : Il lui confie la ruse d'Agnès (une lettre avec un naïf aveu d'amour) qui détruit la première "précaution" de celui-ci : l'obliger à renvoyer Horace en lui jetant un « grès ». Le 25, au moins douze enfants sont tués par l'explosion d'une bombe devant une école primaire de filles à Luqman Banda, dans la vallée de Swat. Il se réjouit donc par avance de l’échec de son rival : « Oh ! Or, ici le discours d’Horace a évolué. Ainsi, son amour est nettement rejeté par Agnès. - Acte V, scène 6 : Horace confie à Arnolphe le projet de son père de le marier, et lui demande son aide. EAF 2020 - Arnolphe aux pieds d'Agnès : l'inversion des pouvoirs. Effectivement, on constate une réelle évolution d’Agnès depuis l’acte II : elle se révolte contre Arnolphe. Dans cette région, des écoles de filles ont déjà été prises pour cible, depuis la fin de 2008, par les islamistes qui considèrent l'éducation des femmes comme contraire à l'islam. De là vient la structure de l’intrigue, organisée autour de cinq rencontres : à chaque fois, Horace se confie à Arnolphe, sans la moindre crainte. Son aspect odieux est manifeste dans ce passage. Elle a conquis son identité de femme, et cette revanche ne peut que réjouir le public. Arnolphe, en effet, n’a pas vraiment changé, comme le montre l’encadrement de son discours. », qui, plus que de l’étonnement face à son propre comportement, peut laisser supposer que tout ce discours n’est qu’une manœuvre de plus pour conserver Agnès en triomphant de ce rival auquel il ne cesse de se comparer : « tu seras cent fois plus heureuse avec moi » (v. 1591). On me dit fort, que tous les jeunes hommes sont des trompeurs, qu’il ne les faut point écouter, et que tout ce que vous me dites n’est que pour m’abuser ; mais je vous assure que je n’ai pu encore me figurer cela de vous, et je suis si touchée de vos paroles, que je ne saurais croire qu’elles soient menteuses. Après le récit naïf de leurs rencontres par Agnès, Arnolphe interdit à la jeune fille de le voir, lui ordonnant de jeter "un grès" par la fenêtre pour le chasser: "Je suis maître, je parle : allez, obéissez." Jusqu’à présent Horace faisait surtout l’éloge de la beauté d’Agnès, qui avait été présentée comme naïve et innocence, image que ses réactions face à Arnolphe avaient confirmée. Cet éloge est soutenu par une série d’antithèses, qui montre la puissance de ce sentiment sur les traits de caractère : vers 906-907. Et une pièce jugée éclatante, une comédie […] Le conflit, qui éclate dès qu’Agnès reconnaît Arnolphe, va croissant jusqu’à la menace physique. » Cette affirmation de soi va de pair avec une forme d’égoïsme, nécessaire pour se protéger : ses réponses sont blessantes pour Arnolphe, dont elle rejette les déclarations d’amour.